Et dans 20 ans ?
Je me demande ce que je penserai, dans 20 ans.
Est-ce qu'en regardant vers mon passé, j'aurai ce sourire béat, satisfaite d'avoir réussi ma vie ? Ou est-ce qu'au contraire j'aurai ce goût amer dans la bouche, nostalgique d'un temps ou ma vie m'appartenait ?
J'en vois beaucoup, des nostalgiques. Des gens qui portent sur leurs épaules le poids d'une vie beaucoup trop lourde pour eux. Le poids d'un présent oppressant qui les use peu à peu. Des gens tournés vers leur passé, à la recherche d'un peu de répit, de souvenirs paisibles. Des gens avides d'espoir. Des gens tout simplement perdus.
Ils portent en eux un sentiment dévastateur : le sentiment d'avoir échoué. L'impression d'appartenir à une vie qui n'est pas la leur. C'est troublant, pour un homme, de réaliser que sa vie ne lui appartient plus. Réaliser qu'il se laisse porter par un courant presqu'inconnu qu'il ne cherche même plus à contrer. Et puis se tourner vers son passé, et prendre conscience des différences. Se rappeler du temps ou tout était encore jouable, ou la vie lui appartenait. Se remémorer ces moments de doute, ou un seul de ses choix pouvait tout changer. Et prendre plaisir à se laisser porter par des ambitions passées.
Et puis revenir à la réalité. A une réalité qui ne lui convient pas. A une réalité dans laquelle il se noie.
A une réalité qui le tue.
Et se laisser porter, doucement, vers un avenir incertain. Marcher droit, tant qu'on le peut, et ne pas lever les yeux. Se concentrer sur son travail, sur ses objectifs, aussi moindres soient-ils. Oublier ce sentiment de solitude, cette quête interminable pour une reconnaissance quelconque.
Ne plus penser à ce qu'on a été, et se concentrer sur ce qu'on sera.
Oublier ce que l'on pourrait être, et se morfondre à croire à ce qu'on est.
Se confondre dans la foule, pour ne pas se faire remarquer. Oublier ses désirs, et privilégier ceux des autres. Se fier à la routine, et ne pas chercher à en sortir. Ne plus se sentir fier de ce que l'on a construit, de ce que l'on est, et continuer à prétendre être heureux. Sourire, quoi qu'il advienne, devant ses amis, ses connaissances, ses collègues, et faire semblant d'y croire. Faire semblant d'être bien, de se sentir à l'aise, de se sentir épanoui.
Jouer un rôle permanent, et prétendre exister.
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